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La santé menstruelle est un enjeu politique.

Le 28 mai était la journée internationale de la santé menstruelle. J’aime ce mot santé, pas hygiène. Il dit quelque chose de précis : ce dont on parle, c’est d’un état de bien-être physique, mental et social en lien avec le cycle, des premières règles jusqu’à la ménopause. C’est la définition de l’OMS. Elle est rigoureuse, elle est juste, et elle est encore loin d’être la boussole de nos politiques publiques.

Je travaille ce sujet depuis plusieurs années, avec une fascination et une humilité croissantes, parce que plus on approfondit, plus on mesure l’étendue de ce qui reste à faire. La santé menstruelle est par nature pluridisciplinaire : elle convoque la médecine, bien sûr, mais aussi l’éducation, l’environnement, les politiques sociales, etc. Elle ne se laisse pas enfermer dans une case. C’est précisément ce qui en fait un sujet politique d’une richesse exceptionnelle et encore trop absent de nos agendas.

On estime qu’en France :

  • 1 personne menstruée sur 2 souffre de douleurs importantes pendant ses règles ;
  • Environ 1 femme sur 2 déclare encore se sentir gênée de parler de ses règles, notamment en public ou dans un cadre professionnel ;
  • Près de 10 % des femmes seraient concernées par l’endométriose, avec un délai de diagnostic encore trop souvent supérieur à 7 ans ;
  • Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), dépression intense, parfois suicidaire, avant chaque cycle, toucherait entre 2 et 8 % des femmes ;
  • Des millions de personnes font face à des difficultés d’accès aux protections périodiques, y compris en milieu scolaire, universitaire ou professionnel.

Ces données ne sont pas anecdotiques. Elles pointent un coût systémique, médical, économique et social que les politiques publiques continuent de sous-estimer. Des acteurs de terrain, citoyen·nes, soignant·es, associations, fonctionnaires, artistes, chercheur·ses et entreprises, produisent un travail remarquable pour combler ce vide. Ils et elles méritent une visibilité et un soutien institutionnel à la hauteur de l’enjeu.

La question n’est donc plus celle de la légitimité du sujet. Elle est celle de son absence persistante. Et, dès lors, de notre responsabilité collective à en déplacer les frontières, en nous formant, en l’introduisant dans les espaces de délibération, et en exigeant qu’il cesse d’être une déclaration d’intention pour devenir une véritable catégorie de l’action publique, dotée de moyens, donc d’un budget.

C’est aussi pour cela que je m’engage en politique : pour faire émerger des territoires qui prennent enfin au sérieux la réalité de tous les corps, des territoires durables, inclusifs, attractifs.

Et cela engage chacune et chacun d’entre nous. Non pas dans une posture d’attente, mais dans une responsabilité active : se former, nommer les choses, faire entrer ces sujets dans les espaces de délibération, refuser leur relégation aux marges. La politique ne se transforme pas spontanément. Elle se transforme lorsqu’on rend son inaction politiquement intenable.

Une question, pour finir.

Imaginez qu’une nouvelle ville surgisse demain dans le 92. Une ville que nous aurions la chance, collectivement, délibérément, de rendre period-friendly dès sa fondation. Sans hériter des angles morts du passé. Sans attendre que le sujet s’impose par défaut.

Quelles seraient vos premières mesures / initiatives ?

Olivia Kotto-lobé